Interlude - 3

Publié le par Arkeane

"Grâce à la faible lueur de la chandelle il put lire."

Lorsqu’il tomba sur le Quatrième Spleen il n’eut pas besoin de le lire, les mots lui vinrent naturellement, ils lui brûlaient presque la langue, n’aspirant qu’à s’échapper dans le silence de la pièce. Cependant il ne déclama que le dernier quatrain, celui qu’il préférait dans ce poème :

« Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »

A l’instant même où ces derniers mots s’évanouirent, le bruit d’un mécanisme s’activant résonna dans toute la salle.

Qu’est-ce que c’était ? se demanda-il tout en reculant vivement de la bibliothèque lorsqu’une partie de celle-ci pivota sur elle-même. Derrière cette ouverture il lui sembla distinguer une seconde pièce, beaucoup plus petite. Il s’en approcha à pas prudents, serrant toujours contre lui le recueil des Fleurs du Mal, comme si ce livre aurait pu le sauver d’un danger quelconque.

A quoi s’attendait-il au juste ? A ce qu’un monstre sorte de ce placard et lui saute dessus ? Ou bien à ce qu’une bande de fantômes en colère le pourchasse ?

Il se sentit soudainement ridicule d’avoir eu ce genre de pensées. Il ne s’agissait ni plus ni moins d’un débarras et les fantômes n’existaient pas de toute façon! se sermonna-t-il.

Mais il était tout de même réticent à entrer dans cette pièce dissimulée car l’obscurité y était profonde, puisque aucune fenêtre ne permettait aux rayons de lune de l’éclairer. Il avait toujours été d’un naturel peureux et malgré sa récente expérience de la rue, cela ne l’avait pas beaucoup aidé.

Il respira un grand coup puis il osa enfin jeter un coup d’œil au travers l’ouverture de la bibliothèque.

Tout d’abord il ne vit rien, puis ses yeux s’habituèrent peu à peu à la pénombre et il parvint à discerner les contours d’une étagère. Sur cette dernière était posé un certain nombre de livres en cuir relié, dont aucun titre n’était visible sur leurs tranches.

Etrange, pensa-t-il, que pouvaient donc bien contenir ces livres pour être ainsi cachés dans une pièce secrète ?

La curiosité l’emportant sur la peur, il pénétra donc entièrement dans la petite salle, c’est alors que les ténèbres se refermèrent sur lui. Malgré sa frêle carrure il bloquait entièrement la seule source de lumière provenant de la petite porte. Il posa le livre des Fleurs du Mal qu’il tenait toujours fermement, puis en tâtonnant à l’aveuglette sur les étagères il finit par dénicher un bougeoir avec une bougie à moitié consumée. Il l’alluma avec un briquet qu’il avait réussi à voler un jour.

Comme quoi, c’était toujours pratique d’avoir de quoi faire une flamme quand on vivait dans la rue, se félicita-t-il mentalement.

Il saisit ensuite un des gros volumes sur l’étagère et grâce à la faible lueur de la chandelle il put lire, gravé sur la couverture en lettre rouge :

Nouvelles d’Ailleurs

Il n’avait jamais entendu parler d’un tel livre, il l’ouvrit donc à la première page et il fut surpris d’y découvrir une écriture manuscrite. Il déchiffra :

Ce livre appartient au Chroniqueur

Et renferme de nombreux secrets, parmi les plus inavouables,

Quiconque les profanera, de quelques manières qui soient

Se verra infliger une punition à la hauteur de son acte :

Le Châtiment Ultime.

Il trouva que la préface était très bien écrite, à la fois attirante et inquiétante. Juste ce qu’il fallait pour éveiller la curiosité d’un grand dévoreur de livre comme lui.

Il prit le bougeoir et le livre et alla s’assoir dans un coin de la pièce. Pas un seul instant la pensée que cette menace ait pu être réelle ne lui effleura l’esprit. Pour lui il ne s’agissait que d’un livre dont il commença la lecture.

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