Les Héritiers - 7

Publié le par Arkeane

"Plein de petits lapins très appétissants."

Adélaïde et Wanuy s’étaient retirées plus profondément dans la forêt. Ainsi cachées derrière les arbres elles pouvaient voir la clairière sans être vu par les animaux, qui allaient et venaient se désaltérer dans le ruisseau. Peu à peu la lune laissait place au soleil. Ses rayons couleurs pastel se propageaient lentement dans toute la forêt, découpant petit à petit les ténèbres de la nuit. Adélaïde leva les yeux, les dernières feuilles présentes sur les arbres laissaient apercevoir le soleil entouré de nuage rose pale et orange. Perdu dans sa contemplation admirative, la jeune fille ne pensait à rien, elle ne voyait plus le temps passer. Elle en avait même oublié la principale raison de sa présence en ce lieu merveilleux. Mais Wanuy la tira subitement de sa rêverie.

« - Adélaïde ! ADELAIDE ! »

« - Hein ? Heu… Oui… Oui, quoi ? »

« - Ah, tu réponds enfin ! Prend ton arc. »

« - Pourquoi ? »

« - Aurais-tu oubliée ce que nous sommes venues faire ici ? Ce n’est certainement pas pour regarder les nuages, mais pour chasser ! Et là-bas justement il y a plein de petits lapins très appétissants, qui vagabondent gaiment en attendant que l’on se décide enfin à les tuer ! »

Wanuy était exaspérée, pour elle la chasse était une chose sacrée. Devoir pousser sa concentration au maximum pour se focaliser sur sa proie, tout en gardant un œil attentif aux alentours. Devoir analyser chaque mouvement autour d’elle avec rapidité pour en conclure si cela l’importunerait dans sa chasse ou non. Devoir maitriser parfaitement son corps pour ne faire aucun bruit lorsqu’elle s’approchait et ainsi ne pas se faire repérer, puis bondir en ne laissant à l’animal aucune chance de fuir. Et enfin, l’achever d’un coup de crocs puissant, lui prendre la vie pour préserver la sienne. Tout ceci faisait partie de son rituel et voir Adélaïde ne pas en tenir compte et se perdre dans de futiles pensées l’agaçait.

« - Je croyais que c’était toi qui chassais. »

« - Non c’est toi ! Alors dépêche-toi de prendre ton arc et abat ce lapin. »

« - Mais c’est cruel ! »

« - Adélaïde, je ne donne pas chère de ta peau dans une bataille, comment veux-tu survivre si tu n’arrive même pas tuer un lapin ? »

« - Mais dans une bataille ce n’est pas pareil, si je tue c’est pour me défendre… »

« - Et la, si tu tue c’est pour manger ! Alors maintenant tu ferais mieux de faire vite sinon…»

La dragonne laissa sa phrase en suspens, elle se savait incapable de faire quoi que ce soit à Adélaïde, mais elle voulait la faire réagir car elle avait peur pour son Héritière. Peur qu’elle soit trop faible pour supporter son rôle, peur qu’elle meurt lors des premiers affrontements. Car, même si Adélaïde se défendait très bien lors des entrainements, qu’en serait-il au cours d’une véritable bataille ? Avec de véritables ennemis ?

La jeune fille, blessée par la phrase de Wanuy, prit son arc et se rappela les leçons du Vieux. Elle se mit en position, encocha une flèche, banda l’arc, retint sa respiration, visa le lapin, et lâcha le trait mortel en fermant les yeux. La flèche siffla un instant dans les airs et vint se ficher dans la poitrine de l’animal.

Adélaïde rouvrit les yeux et vit le lapin étendu sur le sol, mort. Une flèche, celle qu’elle venait à peine de tirer, enfoncée dans le poitrail. Le sang ruisselait et souillait abondamment la terre. La jeune Héritière avait pâlit devant ce macabre spectacle et fut prise de vertige. Elle dut s’appuyer contre un arbre pour ne pas tomber, alors que Wanuy s’approchait du cadavre.

« - Tu as tuée ta première bête, félicitation ! Allez, ramasse la et viens, on rentre à la tour. » déclara elle.

« - Mais c’est affreux, je viens de tuer un animal vivant… »

« - Les animaux sont toujours vivant avant qu’on les tuent… S’il-te-plaît, ne recommence pas avec tes états d’âme et va le chercher ! »

« - Je viens de tuer cette pauvre bête innocente devant sa famille, ses parents, ses frères et sœurs ! Toi, tu aimerais voir un membre de ta famille tué devant toi ? Je peux te l’assurer, c’est atroce et monstrueux ! »

« - TAIS-TOI ! Ne parle pas de ma famille ! Je ne la connais pas ! Je ne sais même pas s’il existe encore des dragons vivant sur terre ! Je ne sais pas si je dois me considérer comme la dernière représentante de mon espèce ! Ce n’est pas abominable ça aussi ? Tu m’énerves avec tes états d’âme ! Tu vas mourir Adélaïde si tu ne t’endurcis pas ! Pourquoi tu réagis comme ça pour un simple lapin ? Je pensais que mon Héritière serait plus forte… » Sous le coup de la colère et de la déception qui l’avait envahi, Wanuy déploya ses ailes et s’envola.

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