Rédemption - 1

Publié le par Arkeane

"Je m’arrête près d’un arbre mort."

Ce monde est pourri, je m’en rends compte un peu plus chaque jour. Je ne peux plus le supporter… Je ne peux plus me supporter… Mais aujourd’hui, j’ai trouvé la solution ! Oui, aujourd’hui je vais enfin être libéré ! La Mort est mon seul espoir…

Depuis un an déjà, je m’enfonce peu à peu dans la dépression. Rien ne peut plus me sauver, si ce n’est la mort… Les gens ne me comprennent pas. Pour eux je ne suis qu’un « sale gothique satanique ». Ils ont peur de moi car j’ai du mal à sourire… Ils ont peur de moi car je suis toujours habillé en noir… Ils ont peur de moi mais je ne souhaitais qu’une épaule sur laquelle me reposer, je ne voulais qu’un peu d’aide… Je ne mérite pas de vivre. J’ai fait souffrir les rares personnes qui m’aimaient, à présent je suis seul… Plus rien ne me retient ici…

J’interromps un instant mes réflexions morbides pour regarder autour de moi. Je suis dans une forêt, c’est l’automne, les feuilles aux couleurs de feu tourbillonnent. Le ciel, au-dessus des arbres nus, est gris, il fait froid.

C’est un beau jour pour mourir… pensé-je.

Je me remets en marche, les mains dans les poches. Je sens le métal froid de mon couteau contre ma paume. Promesse de liberté…

Pourquoi suis-je devenu comme ça ? Avant, j’étais un petit garçon joyeux qui souriait tout le temps. A présent, je suis un jeune homme de 19 ans, renfermé et dépressif. Pourtant aux yeux des autres j’ai tout pour être heureux et ils ont raison. Je n’ai aucune justification valable pour me plaindre. Je m’en veux… Mes problèmes sont pourtant bien futiles comparés à ceux de certaines personnes. Je me plains sans cesse pour de toutes petites choses inutiles, mais je n’y peux rien… Je me hais ! Je me hais ! Je veux mourir et laisser vivre les gens en paix. Je vais enfin être libéré, la Mort m’appelle, et je lui réponds…

N’en pouvant plus de marcher, je m’arrête près d’un arbre mort.

- Je vais bientôt aller le rejoindre moi aussi.

Le fait de me dire qu’aujourd’hui tout sera fini, que cette torture qu’est la vie va enfin s’arrêter, me rend presque joyeux.

Je m’assois dos à l’arbre, sur un parterre de feuilles mortes. Mon linceul… Puis je sors mon couteau et l’ouvre, passant mon doigt sur la lame pour en apprécier le tranchant.

- Aïe. Effectivement, il coupe bien…

Le sang s’écoule lentement au bout de mon doigt et je le regarde goutter sur le sol. Belle vision macabre. Bientôt, il coulera à flot de mes veines…

Je me prépare, je pose le couteau sur mon poignet et m’apprête à trancher, lorsque soudain un bruit me fait sursauter. Je me retourne mais je ne discerne que les bruissements des buissons.

- Si jamais vous êtes un ours ou un loup, attendez au moins que je sois mort avant de venir me bouffer ! lancé-je vers l’endroit d’où provenait le bruit.

Génial, je parle tout seul maintenant… Ou alors je parle à un animal sauvage qui ne me comprend pas… Ce n’est pas forcement mieux.

Je ramasse mon couteau, qui était tombé dans les feuilles, et je reprends là où je m’étais arrêté.

- Ne fais pas ça ! hurle une voix.

Je lève la tête et aperçois une ombre noire entre les arbres. A peine apparue et sitôt disparue.

Je ne m’arrange vraiment pas moi… Je parle tout seul et à présent j’entends des voix…

Je suis de plus en plus convaincu que ce sera un bien pour l’humanité si je disparaissais. Ma détermination n’est aucunement entamée. J’ai décidé que ma misérable et passive vie allait enfin prendre fin aujourd’hui et rien au monde ne me fera changer d’avis. Même pas une voix entendue au hasard des fourrés.

- Oui, tout sera terminé aujourd’hui… Maintenant ! hurlé-je en défis à l’ombre qui m’avait surpris.

Je tranche d’un coup sec les veines de mon poignet. La douleur ne se fait pas prier, et le sang non plus. Quelques secondes après, le voilà qui perle au niveau de la blessure, je le regarde, fasciné, puis il se met à couler à flot le long de mon poignet, de ma paume, de mes doigts. Il tombe sur le sol, se confondant aux feuilles rougies par l’automne. Chaque goutte s’écrasant sur la terre me rapproche de la mort et de la délivrance…

Je sens la vie me quitter, j’ai mal, terriblement mal, mais dans très peu de temps tout sera fini. Une dernière souffrance avant de quitter cette vie et de m’envoler vers un monde meilleur. Une dernière souffrance…

Je m’appuie contre le tronc de l’arbre. Mes derniers instants sont arrivés. Tout se brouille autour de moi, le sang continu de s’écouler. Je sens la Mort toute proche, je m’abandonne dans ses bras, je meurs.

Juste avant de fermer les yeux pour l’éternité, j’entrevois, s’avançant lentement vers moi, l’ombre noire. Peut-être celle de tout à l’heure. Mais plus rien n’a d’importance maintenant.

Enfin ! Je ferme les yeux pour la dernière fois, la vie m’a quittée, les ténèbres m’ont envahi… Je meurs…

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