Rédemption - 2

Publié le par Arkeane

"Tout était blanc autour de moi. Je ne distinguais rien, hormis une ombre grise."

La douleur. Ce fut la douleur que je ressentis en premier. Horrible et lancinante, partant de mon poignet gauche et irradiant tout mon bras. Vint ensuite le froid. Le froid mordant jusqu'aux os. Je tremblais, j’avais mal… Etait-ce ça le paradis ? Lorsque j’ouvris les yeux, tout était blanc autour de moi. Je ne distinguais rien, hormis une ombre grise et mouvante, puis je sentis quelque chose de lourd tomber sur moi. De lourd et de doux m’enserrant et me réchauffant. Cependant, la douleur restait insoutenable. J’aperçus la silhouette grise se pencher vers moi et les bruits me revinrent, d’abord étouffés, puis de plus en plus distincts. J’entendis alors l’ombre grommeler, avec une voix plutôt masculine :

- Pff, je t’avais dit de ne pas le faire. Pourquoi faut-il toujours que les humains n’en fassent qu’à leur tête sans jamais m’écouter ?

Je clignai des yeux et les contours de l’ombre se distinguèrent petit à petit, les couleurs retrouvèrent ensuite leur place dans le paysage qui m’entourait.

- Je suis au paradis ? demandais-je dans un murmure.

- Oh non, ce n’est pas le paradis ici et je suis loin d’être un ange… répondit abruptement l’ombre. Attention ça risque de faire un peu mal. Tiens, mords ça d’abord.

Il me tendit un morceau de bois. Je n’en avais pas compris l’utilité sur l’instant, mais j’étais encore assez hagard pour faire ce que la silhouette floue me demandait. Lorsque j’eu la branche entre les dents, il prit mon poignet entaillé et commença à y planter une grosse aiguille afin de recoudre la plaie.

La douleur que j’éprouvai à ce moment précis était encore plus insoutenable que lorsque je m’étais tranché les veines. Je laissai échapper un râle rauque tout en mordant fortement le morceau de bois. Les secondes me parurent durer des heures où la souffrance devenait de plus en plus violente. J’étais au bord de l’évanouissement quand l’ombre interrompit enfin mon supplice.

- Voilà, ce n’est pas beau mais au moins ça ne devrait plus saigner. Il faudra tout de même que tu nettoies bien la blessure une fois rentré chez toi, me dit-il.

Les élancements douloureux s’atténuèrent un peu et mes sens me revinrent, ce qui me permit de mieux observer la silhouette qui venait de me torturer. C’était un jeune homme, guère plus vieux que moi. Ses longs cheveux noirs, qui contrastaient à merveille sa peau de nacre, cascadaient sur ses épaules tandis qu’il était toujours penché au-dessus de moi, mon poignet dans sa main. Il me regarda de ses grands yeux verts, cerclés de noir, les traits de son visage étaient d’une incroyable finesse. Perdu dans ma contemplation j’en oubliai ma présence ici, ainsi que la sienne. Mais brusquement la mémoire me revint.

- Je ne suis pas mort ?!

Il s’agissait là plutôt d’une exclamation que d’une question, cependant le jeune homme me répondit quand même.

- Non, tu n’es pas mort, et c’est grâce à moi.

Il se releva et je pu admirer son torse vêtu d’une légère chemise de lin noir malgré le froid humide de ce mois de novembre. C’est alors que je me rendis compte que c’était son manteau qui était posé sur mes épaules et qui me réchauffait depuis tout à l’heure.

- Akitchi, pour vous servir, reprit-il en exécutant une élégante révérence.

Je me levai à mon tour, difficilement, me retenant à l’arbre derrière moi pour ne pas tomber. Il s’en aperçu et se précipita à mes côtés pour me soutenir.

- Je n’ai pas besoin de votre aide… grognais-je entre mes dents serrées.

- Tu devrais rester assis pour le moment…

C’est à ce moment-là que j’explosais :

- Je m’en fous ! Je voulais crever ! Vous ne pouviez pas me laisser mourir en paix au lieu de me sauver !

- Non, je ne pouvais pas. Non-assistance à personne en danger ça te dis quelque chose ?

- Et alors ? Vous n’auriez pas du être là ! Et je n’étais pas en danger !

- Non, bien sûr, les veines ouvertes, te vidant à moitié de ton sang, ce n’est pas considéré comme être en danger ça…

- Je me suicidais ! Si on ne peut même plus se suicider en paix dans ce bas monde où va-t-on !

- Sais-tu que le suicide est puni par l’Eglise ?

- Ça m’est égale, je ne suis pas croyant ! De quoi vous mêlez-vous ? Je fais ce que je veux !

- Calme-toi…

- Je me calme si je veux !

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