Interlude - 5

Publié le par Arkeane

"Les trois bougies posées sur une feuille de papier à côté [...] d’un porte-plume."

Cependant, quelques-unes de ces créatures avaient toujours les griffes enchevêtrées dans ses vêtements et tentaient toujours de le mordre. Il en attrapa une et l’arracha rapidement de ses habits sans se soucier des déchirures qu’il y faisait, puis il la lança de toutes ses forces contre le sol mais elle tenta de se relever en couinant. Alors, sans réfléchir, il leva le pied et l’écrasa dans un atroce bruit d’os brisés. Et là, elle ne se releva plus.

Il fit la même chose avec les autres et lorsqu’il fut enfin sûr que tout danger était écarté, il tituba en arrière et heurta le fauteuil près du secrétaire. Il s’y affala en prenant conscience de ce qu’il avait fait. Il n’avait jamais tué auparavant, et d’avoir été contraint de le faire l’écœurait, il senti la bile remonter le long de son œsophage. Pour lui la vie d’un animal était tout autant sacrée que celle d’un être humain et il avait appliqué scrupuleusement jusqu’à aujourd’hui la doctrine « tu ne tueras point. » Puis l’adrénaline retomba d’un coup et il remarqua alors les nombreuses morsures qui recouvraient son corps et principalement ses bras. Elles le faisaient souffrir et certaines saignaient beaucoup. Tandis qu’il sortait un mouchoir en tissus de sa poche pour comprimer ses blessure et stopper l’hémorragie, il espérait que les rats n’étaient pas porteur de maladies quelconques car il n’avait rien pour se désinfecter… Il s’interrogea également sur l’étrange agressivité de ces créatures. C’était certes des animaux sauvages qui vivaient dans les toits et qui ne se nourrissaient surement pas toujours à leur faim, mais de là à attaquer un être humain qui ne les avait pas menacés… Il ne comprenait pas ce comportement.

Bientôt le mouchoir fut entièrement rougi, mais ses plaies avaient arrêtées de saigner, les battements de son cœur s’étaient calmés et il respirait de nouveau normalement et non plus en haletant. Il continuait néanmoins à ressentir de la culpabilité pour le massacre qu’il avait commis.

Il se retourna vers le secrétaire et c’est alors qu’il vit nettement, à la lueur de la lune, les trois bougies posées sur une feuille de papier à côté d’un encrier débouché et d’un porte-plume. Il était pourtant sûr qu’aucune bougie n’était là quand il était sorti de la pièce… Il s’empara de l’une d’elle et l’alluma, il découvrit ainsi très clairement, écrit en gros au milieu de la page blanche :

« Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? »

Un frisson le parcouru. Il reconnut la calligraphie de la préface du livre qu’il était en train de lire… Ça ne pouvait pas être possible, il n’y avait personne d’autre dans cette maison que lui et des rats enragés… Et cette phrase, que signifiait-elle ? Cette maison était peut-être vraiment hantée finalement, pensa-il.

L’angoisse l’étreignit et il voulut quitter la demeure abandonnée au plus vite. Il se dirigea donc vers la porte menant au hall d’entrée mais il se ravisa immédiatement en entendant derrière cette dernière les grattements menaçants des rats fous qui l’attendaient toujours. L’autre solution qui se présentait alors à lui était de passer par les fenêtres, il se trouvait au rez-de-chaussée donc il n’y avait pas de risque de chute mortel. Cela le rassura un peu, jusqu’à ce qu’il se rende compte que les fenêtres étaient bloquées et qu’elles refusaient de s’ouvrir même s’il tournait la poignée et tirait dessus. Il examina tout le tour de chacune d’entre elle à la recherche de ce qui pouvait ainsi obstruer leur ouverture mais il ne trouva rien.

Affolé, il retourna vers le fauteuil en toute hâte et l’empoigna. Il allait essayer la manière forte. Il jeta donc le fauteuil contre les vitres mais cela n’eut pas l’effet escompté. Au lieu de traverser le verre et de dégager un passage vers l’extérieur, il rebondi contre la fenêtre et tomba lamentablement sur le sol sans avoir provoqué la moindre fissure.

Il… Il était coincé dans cette maison… Sans aucun moyen de sortir… Qu’allait-il devenir ?

Il sentit la terreur se refermer sur son cœur, sa respiration devint sifflante et laborieuse, des taches noires se formèrent devant ses yeux et il perdit l’équilibre, s’écroulant sur le sol tel un pantin désarticulé.

Etendu sur le parquet il tenta de se calmer, de reprendre possession de ses moyens. Réagir comme cela face à la menace ne lui était d’aucune utilité. Il se força donc à prendre de grandes inspirations et à calmer les tremblements de son corps.

D’accord, il se retrouvait prisonnier d’une maison abandonnée et hantée au fond d’un bois. Mais pour le moment, hormis les horribles rats, rien n’avait essayé d’attenter à sa vie. Et les rongeurs se trouvaient justement à l’extérieur de la salle où il était enfermé. Il n’avait donc pas grand-chose à craindre…

Il rampa péniblement vers le secrétaire, et s’y agrippa pour se relever. Il prit les trois bougies sans regarder l’inscription manuscrite et il se dirigea vers la salle secrète.

Il allait attendre, reclus dans cette pièce et à l’abri des menaces, le lever du jour. Il aviserait ce qu’il conviendrait de faire à ce moment-là. Car tout le monde sait qu’une maison hantée perd son activité au lever du jour…

Il s’enferma donc de lui-même dans la petite salle aux livres à la couverture en cuir. Et pour passer le temps et calmer ses nerfs, il reprit sa lecture.

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