Sacrifices - 3

Publié le par Arkeane

"Une vieille porte en bois au vernis écaillé."

Pendant qu’ils discutaient tous les trois je me tenais en retrait près de la porte, les bras serrés autour de mon corps ; cette posture trahissant mon malaise. Je voulais me lover dans ceux de mon chéri pour qu’il me rassure, mais il était toujours en train de bavarder sans me prêter attention. Quelques minutes plus tard, un immense soulagement m’envahit lorsque Thomas décida qu’il était temps de rejoindre les autres invités. Une fois à l’extérieur j’inspirai profondément, contente d’être enfin sortie de cet endroit. Il n’était pourtant pas si terrifiant, mais pour une raison inconnue il m’avait mise mal à l’aise…

Après avoir parcouru le chemin inverse, nous nous retrouvâmes devant l’entrée de la maison, il s’agissait d’une vieille porte en bois au vernis écaillé, que Lichen ouvrit. Nous pénétrâmes à sa suite pour nous retrouver dans un petit hall où les murs étaient recouverts d’une moquette verte délavée. Devant nous, juste à côté d’un escalier en marbre sale et fissuré, se dressait tout un tas de babioles entassées les unes sur les autres. Je parvins à discerner entre autre dans tout ce fouillis : une table à repasser, un vélo d’appartement et un bon nombre de cartons et de sacs poubelles.

Une impression d’étouffement me prit à la gorge qui s’accentua lorsque nous montâmes l’escalier car j’eus le sentiment étrange que les caricatures accrochées au mur m’observaient… Nous débouchâmes dans un petit couloir. En face se trouvait une porte entrouverte, donnant sur ce qui pourrait ressembler à un bureau s’il n’était pas encombré de pots de peintures et de matériel électrique servant à jouer avec la lumière et le son. Sur la droite, j’aperçus des fenêtres aux carreaux floutés et il me sembla distinguer une seconde porte. Mais je n’eus pas le temps de m’attarder davantage sur cette partie de la maison car Samaël m’entraînait vers la gauche, dans une grande salle quasiment vide de meuble. Elle était divisée en deux par une grande arche ouverte. Dans la partie droite, où nous nous tenions, une cheminée trônait près de la démarcation des deux pièces et devant elle étaient installés une table basse et des chaises.

Samaël et Logan allèrent tout d’abord saluer les deux personnes présentes dans l’autre partie de la pièce. Elles étaient en train de regarder et de commenter un film projeté sur un grand drap blanc tendu au mur. Enfin, par film j’entends : un délire psychédélique d’images abstraites toute en courbes et en angles qui apparaissaient et disparaissaient dans des flashs éblouissants. Je n’ai pas très bien compris la signification, mais ce qui m’a un peu rassuré c’est que ni mon copain ni son meilleur ami n’ont eu l’air de mieux s’en sortir que moi avec cet « art ». Puis nous sommes repassés sous l’arche pour revenir dans la salle principale, où les autres invités avaient fini par se regrouper. Je me tenais timidement derrière Samaël, toujours plus ou moins mal à l’aise, ne sachant pas si ça avait été une bonne idée finalement de venir à cette fête alors que je ne connaissais personne. On m’en présenta bien quelques-unes, mais j’aurais oublié leurs prénoms bien avant la fin de la soirée…

Nous nous assîmes près de la table qui se chargea en gâteau apéro et petits fours en tout genre, et chacun eu le doit à une coupe de champagne pour débuter la soirée. Les conversations allaient bon train, Samaël et Logan paraissaient décontractés et heureux de revoir de vieux amis. Il me fallut un certain temps, mais je parvins à me détendre un peu, cependant je ne prenais toujours pas part aux discussions. Qu’est ce qu’ils avaient tous à être versés dans l’art ? Je pouvais parler pendant des heures d’anatomie, de progrès de la médecine, de nouvelles expériences réalisées sur des rats de laboratoires… Mais pas de leurs films étranges, réservés à un public très restreint, ni argumenter sur la question « quels matériaux vais-je bien pouvoir utiliser pour mes nouvelles sculptures ? Plutôt ceci ou cela ? »

Je me contentais donc d’écouter d’un air distrait, jusqu’à ce qu’une main se tende vers moi et me fasse sursauter. Un bref coup d’œil m’apprit que la main était bien accrochée à un bras, lui-même relié au corps d’une femme d’âge mûr, au visage rond et banal.

- T’en veux ? me demanda-t-elle.

Mes yeux revinrent se poser rapidement sur sa main, je n’aperçus d’abord que de la fumée s’en élever, puis je vis enfin ce qu’elle me tendait. Cela ressemblait à une cigarette roulée, mais à l’odeur, il n’y avait pas que du tabac dedans.

- Non, non merci, je ne fume pas, déclarais-je précipitamment.

- Ah ? Bon tant pis.

Elle se détournait déjà vers son autre voisin pour lui tendre le joint, qu’il prit sans se faire prier.

En plus ils fument… Pas étonnant alors qu’ils soient tous bizarres ! m’exclamais-je intérieurement.

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