Citation - La Moïra

Publié le par Arkeane

Photo by K8 on Unsplash

« Mais déjà Aléa n’écoutait plus. Étourdie par le bruit de l'orage qui faisait rage au-dehors, elle se laissa emporter dans le flot de ses pensées. Le monde était mal fait, et elle aurait sans doute préféré être un garçon. Il n'y avait pas de justice. Il fallait être né riche pour ne pas errer à treize ans sur les trottoirs de Saratea et ne pas être née fille pour partir au Mont-Tombe, apprendre le nom des choses et leurs mystères. Quelle logique pouvait-il bien y avoir là-dedans ? Dans les rues de la ville, les garçons ne se débrouillaient pas mieux qu'elle, ni par la force ni par l'esprit, alors pourquoi ? Quelques semaines plus tôt, l'aubergiste Tara lui avait vanté l'honneur d’être une femme, alors qu'entre ses jambes coulait le sang qu'elle avait d'abord pris pour une punition. Et aujourd'hui, elle avait beau être femme, elle n'en était pas plus libre. Libre d'apprendre comme ces trois imbéciles qui partaient étudier les échassiers dans l'Anse d'Ebone. Non, vraiment, il n'y avait pas de justice, le monde était mal fait. Si seulement on pouvait changer le monde, se dit Aléa ! »

 

Henri Lœvenbruck – La Moïra (tome 1) – J'ai Lu (2008) – p.89/90

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